Cybersécurité, cyberviolence et intelligence artificielle : vers une culture de la cyberhygiène partagée

À l’ère de l’hyperconnexion et de l’intelligence artificielle générative, la cybersécurité ne peut plus être réduite à une question technique réservée aux experts. Elle devient un enjeu sociétal, éducatif et humain. C’est autour de cette conviction qu’a été mené un échange approfondi entre Professeur Ahmed Ait Errouhi, représentant du CMRPI, et Kawtar Tarki, Territory Channel Account Manager chez *Kaspersky – France, Afrique du Nord, de l’Ouest et Centrale.

Cet entretien met en lumière un constat partagé : face à des menaces numériques de plus en plus sophistiquées, la réponse ne peut être uniquement technologique. Elle doit s’inscrire dans une culture de cyberhygiène, fondée sur la prévention, la sensibilisation et l’éducation.

Kaspersky : de l’antivirus historique à la cybersécurité globale

Longtemps associée au grand public à l’antivirus, Kaspersky a profondément fait évoluer son positionnement. Créée en 1997, l’entreprise est aujourd’hui un acteur mondial de la cybersécurité, développant des solutions avancées de détection et de réponse aux menaces, de protection des données, d’investigation et de sécurisation d’environnements critiques.

L’intervention de Kawtar Tarki souligne l’importance stratégique de la recherche et développement, ainsi que d’une approche fondée sur la transparence et l’anticipation. Dans un contexte où les attaques deviennent plus ciblées et plus discrètes, la cybersécurité moderne repose sur la capacité à comprendre les menaces avant qu’elles ne produisent leurs effets.

Des menaces en mutation permanente

L’échange met en évidence plusieurs risques majeurs auxquels sont confrontés particuliers et entreprises : le phishing, les sites frauduleux imitant des plateformes légitimes, le vol de données sensibles et les attaques conduisant à des fuites d’informations.

Ce qui change aujourd’hui, c’est le niveau de sophistication. L’intelligence artificielle générative permet de produire des contenus frauduleux crédibles, sans fautes, personnalisés, rendant la détection beaucoup plus difficile pour les utilisateurs non avertis. À cela s’ajoutent les deepfakes audio et vidéo, capables d’imiter une voix ou une image à partir de quelques secondes d’enregistrement, ouvrant la voie à de nouvelles formes de manipulation, d’usurpation et de chantage.

La cyberhygiène comme réponse structurante

Face à ces menaces, l’entretien insiste sur une notion centrale : la cyberhygiène. À l’image de l’hygiène quotidienne, elle repose sur des gestes simples mais décisifs. Parmi eux figurent l’installation d’une solution de cybersécurité fiable, l’usage de phrases secrètes robustes plutôt que de mots de passe courts, la mise à jour régulière des systèmes et applications, ainsi que l’activation de l’authentification à deux facteurs.

Un point particulièrement souligné concerne la protection des publics vulnérables, notamment les personnes âgées ou peu familiarisées avec les usages numériques. Dans ces situations, la technologie joue un rôle de rempart, mais elle doit être accompagnée d’une pédagogie adaptée et d’un soutien humain.

Réseaux sociaux et ingénierie sociale : une vigilance indispensable

Les réseaux sociaux constituent aujourd’hui un terrain privilégié pour les cybercriminels. Trois dynamiques ressortent clairement de l’échange : l’ingénierie sociale, qui vise à manipuler la confiance des utilisateurs ; le vol d’identité, à partir de photos et d’informations publiquement accessibles ; et l’exploitation de contenus via l’intelligence artificielle pour créer de fausses narrations crédibles.

L’entretien rappelle ainsi un principe fondamental : plus l’exposition numérique est importante, plus la surface d’attaque s’élargit. La protection passe donc aussi par une sobriété informationnelle, souvent négligée dans les pratiques quotidiennes.

Le rôle structurant du CMRPI : sensibilisation et accompagnement

La contribution du CMRPI, à travers son représentant Ahmed Ait Errouhi, met en lumière l’importance de la coopération entre acteurs institutionnels, académiques et industriels. La cybersécurité ne se limite pas à la prévention des pertes financières ; elle englobe également les conséquences psychologiques de la cyberviolence et du cyberharcèlement, souvent sous-estimées.

La sensibilisation dans les écoles, les universités et auprès du grand public, ainsi que la mise en place de dispositifs d’assistance pour les victimes, apparaissent comme des leviers essentiels pour construire une résilience numérique durable.

Faire de la cybersécurité une culture citoyenne

De cet échange ressort une conviction forte : la cybersécurité n’est plus un luxe ni une option. Elle devient une compétence citoyenne, fondée sur la vigilance, l’apprentissage continu et l’adoption de bonnes pratiques.

À l’ère de l’intelligence artificielle, le véritable enjeu n’est pas seulement de se protéger, mais de comprendre. Car dans un monde numérique vaste et interconnecté, la meilleure défense reste une cyberhygiène partagée, soutenue par l’éducation, la sensibilisation et la responsabilité collective.

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