Cybercriminalité en Afrique : le Maroc face au défi stratégique de la souveraineté numérique

Classé parmi les pays africains les plus exposés aux cyberattaques, aux côtés de l’Égypte et de l’Afrique du Sud, le Maroc se trouve aujourd’hui confronté à une intensification et à une diversification des menaces numériques. Intrusions informatiques, vols de données, attaques coordonnées contre des infrastructures critiques ou campagnes de désinformation constituent désormais un environnement de risque structurel, à la fois technique, institutionnel et géopolitique. Face à cette réalité, les autorités marocaines engagent un durcissement progressif du cadre juridique et une coordination renforcée entre les acteurs de la cybersécurité nationale.

Cette montée en pression impose une double exigence stratégique : protéger plus efficacement les citoyens et les organisations dans leurs usages numériques quotidiens, tout en alignant les plateformes publiques et privées sur des standards de sécurité et de conformité de plus en plus élevés. La cybercriminalité n’est plus perçue comme un phénomène marginal ou ponctuel, mais comme un enjeu de souveraineté, susceptible d’affecter la confiance dans les institutions, la stabilité économique et la crédibilité internationale du Royaume.

Invitée sur les ondes de Radio 2M, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a livré un diagnostic sans complaisance de la situation. Elle a notamment mis en avant l’adoption prochaine de la loi-cadre dite Digital X.0, présentée comme un jalon structurant de la gouvernance numérique nationale. Dévoilé à l’automne 2025, ce projet législatif vise à consolider la souveraineté numérique du pays, à encadrer le déploiement de l’intelligence artificielle et à renforcer les mécanismes de protection des données personnelles.

Ce texte s’inscrit dans la continuité de la stratégie Maroc Digital 2030, qui ambitionne d’accompagner la transformation numérique de l’administration et de l’économie tout en limitant les dérives liées à l’hyper-connectivité. Selon la ministre, son élaboration repose sur une approche concertée impliquant les principaux acteurs de la sécurité et de la régulation numériques : la DGSN, la DGSSI, la CNDP ainsi que l’Agence du développement digital. Cette logique transversale vise à dépasser les silos institutionnels afin de répondre à des menaces de plus en plus sophistiquées et souvent transfrontalières.

Au-delà de la dimension strictement sécuritaire, la future loi entend également promouvoir un usage responsable et éthique de l’intelligence artificielle. Les autorités soulignent que certaines applications de l’IA sont aujourd’hui détournées à des fins de manipulation de l’information, de désinformation automatisée ou d’optimisation des cyberattaques. Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas de freiner l’innovation, mais d’en maîtriser les usages, en conciliant progrès technologique, respect des droits fondamentaux et résilience institutionnelle.

La ministre a par ailleurs alerté sur l’essor des campagnes de désinformation alimentées par des outils numériques avancés, susceptibles d’affecter le débat public et la stabilité institutionnelle. Ces menaces, souvent difficiles à attribuer et à neutraliser, s’inscrivent dans des logiques d’ingérence informationnelle qui dépassent largement le cadre national et interrogent les équilibres du cyberespace mondial.

Cette vigilance accrue est confortée par plusieurs rapports internationaux, dont ceux publiés par Microsoft sur la défense numérique, qui placent régulièrement le Maroc parmi les pays africains les plus ciblés par les cyberattaques. Un constat qui renforce la volonté des autorités d’accélérer la modernisation du dispositif législatif et opérationnel, afin d’inscrire le Royaume dans une posture de cybersécurité proactive, alignée sur les nouveaux standards internationaux et les recompositions géopolitiques du numérique.

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