Le financement des startups marocaines du secteur digital franchit une nouvelle étape. La publication du décret n° 2.26.576 du 3 août 2026 permet au Fonds catalytique startups, porté par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration et géré par Tamwilcom, d’investir jusqu’à 347 millions de dirhams sur une période de trois ans dans des fonds de capital-risque. L’objectif affiché est de contribuer à la mobilisation de près de 2,5 milliards de dirhams au profit des startups marocaines.
Ce dispositif s’inscrit dans la mise en œuvre de la stratégie nationale Maroc Digital 2030 et vise à renforcer les mécanismes de financement disponibles pour les jeunes entreprises opérant dans le secteur numérique. Le principe retenu consiste à utiliser une intervention publique comme levier afin d’attirer des capitaux privés et de renforcer progressivement l’industrie du capital-risque au Maroc.
Le Fonds catalytique startups a été mis en place dans le cadre d’une convention conclue en novembre 2025 entre le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, la Caisse de Dépôt et de Gestion et Tamwilcom. Cette convention avait prévu l’opérationnalisation, par Tamwilcom, d’un mécanisme destiné à soutenir les fonds de capital-risque sélectionnés dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement.
Le dispositif prévoit notamment la possibilité pour Tamwilcom de mettre en place un mécanisme de couverture contre le risque de premières pertes ou d’investir directement dans certains fonds, selon des conditions alignées sur les pratiques internationales du capital-risque. Cette approche vise à réduire le risque supporté par les investisseurs et à faciliter la mobilisation de financements supplémentaires.
Une première étape avait été franchie en avril 2026 avec la présélection de neuf sociétés de gestion à l’issue d’un appel à manifestation d’intérêt lancé par le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, en collaboration avec le ministère de la Transition numérique et la CDG. Quarante-sept candidatures avaient été reçues, comprenant des acteurs marocains, internationaux ainsi que des consortiums mixtes.
Les neuf sociétés présélectionnées sont 500 Startups Management Company, Emerging Tech Ventures, Kalys Ventures Partners, Middle East Venture Partners, Outlierz Africa, Plug and Play Investment Group, RING, Sawari Ventures et Sienna Venture Capital, en partenariat avec AlphaVest Capital. Elles doivent notamment être évaluées sur leur capacité à mobiliser des investisseurs tiers et à constituer des fonds capables d’accompagner les startups marocaines à différents stades de leur développement.
Le dispositif a été conçu pour couvrir plusieurs étapes du cycle de financement. Les fonds présélectionnés comprennent des véhicules intervenant au stade Pre-Seed, d’autres au stade Seed, ainsi que des fonds destinés aux Séries A et aux phases ultérieures. L’objectif est ainsi de proposer une continuité dans l’accès au capital, depuis les premières étapes de création jusqu’aux phases de croissance.
Les secteurs concernés sont également diversifiés. Les fonds peuvent notamment cibler des entreprises opérant dans la fintech, l’agritech, l’edtech, la healthtech ou encore la climatetech, ainsi que d’autres segments de l’économie numérique. Cette diversification doit permettre d’accompagner des modèles économiques différents et de favoriser l’émergence de startups marocaines ayant un potentiel de développement à l’international.
Selon le ministère de la Transition numérique, les fonds concernés devraient mobiliser près de 2,5 milliards de dirhams au bénéfice des startups marocaines. Ce montant comprend les différentes contributions publiques ainsi que les capitaux d’investisseurs tiers que les sociétés de gestion devront mobiliser. Le dispositif repose donc sur un principe d’effet de levier : l’intervention publique doit contribuer à attirer des ressources privées supplémentaires vers le financement de l’innovation.
Pour le Maroc, l’enjeu dépasse ainsi le financement ponctuel de quelques jeunes entreprises. Le dispositif vise également à contribuer à la structuration d’une industrie nationale du capital-risque, capable d’accompagner durablement les startups et de leur donner accès à des financements adaptés aux différentes phases de leur croissance.
Cette orientation intervient alors que le gouvernement cherche à renforcer l’écosystème entrepreneurial dans le cadre de Maroc Digital 2030. Le développement du capital-risque constitue l’un des éléments nécessaires pour permettre aux startups technologiques de passer du stade de l’expérimentation à celui de la croissance, notamment lorsqu’elles doivent financer leur développement commercial, leur internationalisation ou leurs investissements technologiques.
Avec les 347 millions de dirhams pouvant être investis par le Fonds catalytique startups et une capacité cible de près de 2,5 milliards de dirhams pour les fonds concernés, le Maroc met ainsi en place un nouveau mécanisme destiné à élargir l’accès au financement des entreprises innovantes. La prochaine étape sera celle de la concrétisation de ces investissements et de leur transformation en créations d’entreprises, emplois, innovations et capacités d’expansion sur les marchés marocain et international.