Maroc IA 2030 : de la stratégie à l’exécution

Le Maroc entre dans une nouvelle phase de sa politique nationale en matière d’intelligence artificielle. Présentée à Rabat le 8 septembre 2026, la feuille de route « Maroc IA 2030 » détaille désormais plusieurs dispositifs destinés à passer de la définition d’une stratégie à sa mise en œuvre. Instituts JAZARI, infrastructures de calcul, Data Factory, Forge logicielle, solutions d’intelligence artificielle pour l’administration et formation des talents constituent les principales composantes de cette nouvelle étape.

Après les Assises nationales de l’intelligence artificielle organisées en juillet 2025 et le lancement de l’initiative « AI Made in Morocco » en janvier 2026, le gouvernement présente désormais l’intelligence artificielle comme un axe structurant de la transformation numérique du Royaume. Lors de la présentation organisée à Rabat, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a indiqué que la feuille de route entrait dans une phase de « concrétisation ».

À l’horizon 2030, « Maroc IA 2030 » fixe trois objectifs principaux : générer 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée au PIB, créer 50 000 emplois directs et indirects et assurer la formation ou la certification de 200 000 talents dans les domaines liés à l’intelligence artificielle. La stratégie repose sur trois grands socles : les fondements de la souveraineté et de la confiance, les moteurs d’innovation et de compétitivité, ainsi que l’impact, l’adoption et le rayonnement. Dix programmes structurants sont prévus autour de ces orientations.

L’un des principaux dispositifs de cette stratégie est le réseau national des Instituts JAZARI. Quatre premières composantes ont été retenues : JAZARI ROOT, JAZARI Smart City, JAZARI EduTech et JAZARI Industrie X.0. Les assemblées générales de ces quatre instituts se sont tenues le 8 septembre à Rabat, marquant leur passage vers une phase de mise en œuvre opérationnelle. Le réseau est appelé à se développer progressivement dans les douze régions du Royaume.

JAZARI ROOT doit notamment jouer un rôle transversal dans le développement des capacités nationales en intelligence artificielle. Les autres composantes sont orientées vers des domaines spécifiques : les technologies urbaines et les villes intelligentes pour JAZARI Smart City, les technologies éducatives pour JAZARI EduTech et l’intégration de l’intelligence artificielle, de l’automatisation, de l’Internet des objets et de la robotique dans l’industrie pour JAZARI Industrie X.0. L’objectif affiché est de rapprocher la recherche, les universités, les entreprises, les startups et les administrations afin de transformer les travaux technologiques en applications concrètes.

La stratégie accorde également une place importante aux données. La Data Factory doit constituer une infrastructure permettant de collecter, organiser, structurer et préparer les données nécessaires au développement des applications d’intelligence artificielle. Cette composante doit notamment contribuer à améliorer la qualité et l’exploitation des données publiques, tout en intégrant les exigences liées à leur protection et à leur anonymisation.

Une Forge logicielle est également prévue pour favoriser la mutualisation des composants numériques développés pour l’administration. L’objectif est notamment de permettre la réutilisation de logiciels, de codes, d’API et d’autres composants technologiques afin de limiter la duplication des développements et d’accélérer la transformation numérique des services publics.

Les infrastructures informatiques constituent une autre composante importante de « Maroc IA 2030 ». Le développement de l’intelligence artificielle nécessite en effet des capacités importantes de stockage et de calcul. Selon les éléments présentés dans le cadre de la feuille de route, le portefeuille de projets pourrait porter la capacité nationale des data centers à près de 1 gigawatt à l’horizon 2030. Parmi les projets annoncés figurent notamment un data center de 50 MW à Rabat, associé à une infrastructure de cloud souverain, ainsi qu’un projet de campus de data centers à Dakhla pouvant atteindre à terme une capacité de 500 MW. Ces capacités correspondent à des objectifs et à des projets de développement et ne constituent pas des infrastructures aujourd’hui entièrement opérationnelles.

La feuille de route prévoit également le développement de solutions d’intelligence artificielle destinées directement aux administrations et aux citoyens. Parmi les premières applications présentées figure Idarati AI, un assistant d’IA destiné à informer et accompagner les usagers dans leurs démarches administratives. Une Marketplace souveraine de solutions d’intelligence artificielle doit également permettre de regrouper différentes applications dans un environnement destiné à garantir la sécurité des données et la maîtrise des infrastructures nationales.

D’autres outils ont été présentés, notamment dans le traitement des documents, la recherche juridique et l’exploitation des textes administratifs. Le dispositif prévoit également des solutions capables de faciliter la transcription et la synthèse de réunions ou encore le traitement automatisé de documents. L’objectif est de développer progressivement des usages de l’IA directement intégrés au fonctionnement de l’administration.

La stratégie prévoit par ailleurs le développement de technologies linguistiques adaptées au contexte marocain. Les travaux envisagés concernent notamment l’arabe, le français, la darija et l’amazighe. Cette orientation doit permettre de développer des outils capables de prendre en compte les spécificités linguistiques du pays et d’améliorer leur utilisation dans les services publics et auprès des citoyens.

Le développement des compétences constitue enfin l’un des axes de « Maroc IA 2030 ». L’objectif de former ou certifier 200 000 talents à l’horizon 2030 s’inscrit dans une politique plus large de développement des compétences numériques. Des programmes concernent notamment la formation professionnelle, l’enseignement supérieur, la recherche ainsi que l’initiation à l’intelligence artificielle dès le plus jeune âge.

La recherche et l’innovation sont également intégrées à cette dynamique. Des dispositifs de soutien à la recherche doctorale, à la formation et à l’émergence de projets technologiques sont prévus afin de renforcer progressivement le vivier national de compétences. La stratégie cherche ainsi à agir simultanément sur les infrastructures, les données, les talents, la recherche, les entreprises et les usages.

Avec « Maroc IA 2030 », le Royaume cherche donc à dépasser une logique limitée à l’adoption de solutions développées à l’étranger. La stratégie vise à construire progressivement des capacités nationales dans les infrastructures, les données, les modèles d’intelligence artificielle, la recherche et les compétences. Cette orientation s’inscrit dans la stratégie plus large Digital Morocco 2030, dont l’un des objectifs est de renforcer à la fois la digitalisation des services publics et le développement de l’économie numérique.

La présentation de septembre 2026 marque ainsi une nouvelle étape dans cette trajectoire. Plusieurs dispositifs sont désormais engagés, tandis que d’autres restent en phase de développement ou de déploiement. Le principal enjeu pour les prochaines années sera de transformer les objectifs annoncés et les infrastructures en applications concrètes, en capacité de recherche, en entreprises technologiques, en emplois et en services numériques accessibles aux citoyens.

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