Transformation numérique : le Maroc renforce sa coopération avec l’ESCWA pour moderniser l’administration publique

Le Maroc renforce sa coopération internationale dans les domaines de la transformation numérique et de la réforme de l’administration publique. Une convention de coopération a été signée mercredi à Rabat entre Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, et Rania Al-Mashat, secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (ESCWA) et secrétaire générale adjointe de l’ONU.

Cette convention établit un cadre institutionnel et opérationnel destiné à renforcer les échanges et la coopération entre le ministère marocain et l’ESCWA dans plusieurs domaines considérés comme stratégiques : transformation numérique, modernisation de l’administration publique, gouvernance, intelligence artificielle et innovation.

Une transformation qui dépasse la simple digitalisation

Pour le Maroc, l’enjeu ne se limite plus à la dématérialisation des procédures ou à la mise en ligne des services administratifs. Il s’agit désormais de faire évoluer en profondeur les modes de fonctionnement de l’administration afin de la rendre plus agile, plus efficace et davantage centrée sur les besoins des citoyens et des entreprises.

Lors de la cérémonie de signature, Amal El Fallah Seghrouchni a souligné que l’action de son département repose sur une approche intégrée associant transition numérique et réforme administrative. Les deux dimensions doivent avancer conjointement afin de revoir les modes d’organisation et de fonctionnement de l’administration, d’améliorer la qualité des services publics et de renforcer leur accessibilité.

La ministre a également rappelé que son département travaille depuis mai 2025 à l’élaboration d’une feuille de route pour la transformation administrative 2026-2030. Celle-ci vise à contribuer à l’émergence d’une administration publique plus moderne, souple et performante, capable d’anticiper les évolutions de la société, de l’économie et des technologies.

L’intelligence artificielle comme levier de transformation

La coopération avec l’ESCWA intervient dans un contexte où l’intelligence artificielle prend une place croissante dans les politiques de transformation numérique.

L’enjeu consiste désormais à dépasser l’expérimentation de technologies isolées pour réfléchir à leur intégration dans une transformation plus globale de l’administration. L’intelligence artificielle, les données et l’interopérabilité des systèmes peuvent ainsi devenir des leviers d’amélioration des processus administratifs, d’aide à la décision et de personnalisation des services publics.

Cette évolution pose également de nouveaux enjeux en matière de gouvernance, de protection des données, de compétences et de responsabilité dans l’utilisation des technologies.

Le défi pour l’administration marocaine sera donc de parvenir à articuler innovation technologique et réforme organisationnelle, afin que la transformation numérique produise des améliorations concrètes dans la relation entre l’administration et ses usagers.

Capitaliser sur l’expérience marocaine

De son côté, Rania Al-Mashat a mis en avant l’intérêt de s’appuyer sur l’expérience du Maroc en matière de réforme administrative et de transformation numérique. Elle a également souligné l’importance du partage des pratiques, des expertises et des expériences entre les pays, notamment dans le cadre de la coopération Sud-Sud.

Cette dimension internationale permet au Maroc de confronter ses expériences à celles d’autres pays et de renforcer les échanges autour des modèles de gouvernance numérique et d’innovation publique.

La convention s’inscrit d’ailleurs dans une dynamique de collaboration déjà engagée entre le ministère marocain et l’ESCWA.

Dans le prolongement de l’« Appel de Rabat »

Rabat avait notamment accueilli, les 30 juin et 1er juillet 2026, le troisième Forum arabe de l’administration publique, organisé conjointement par les deux parties sous le thème « L’innovation dans la gouvernance pour une administration publique prête pour l’avenir ».

Cette rencontre avait abouti à l’« Appel de Rabat », qui inscrit la transformation numérique et la réforme administrative dans une même trajectoire.

Le document souligne notamment que la modernisation de l’administration ne peut se limiter à convertir les procédures existantes en services numériques. Elle implique également de repenser les processus, simplifier les démarches, améliorer la gouvernance et renforcer l’interopérabilité des systèmes.

Cette approche marque une évolution importante dans la conception de la transformation numérique publique : il ne s’agit plus seulement de numériser l’administration existante, mais de profiter du numérique et des nouvelles technologies pour repenser son fonctionnement.

Vers une administration plus intelligente et plus agile

À travers son partenariat avec l’ESCWA, le Maroc entend ainsi poursuivre une transformation de fond de son administration publique en combinant réforme organisationnelle, innovation technologique et amélioration de la relation avec le citoyen et l’entreprise.

À l’horizon 2030, l’intelligence artificielle, les données, l’interopérabilité et les technologies numériques devraient occuper une place croissante dans cette évolution.

La réussite de cette transformation dépendra toutefois de la capacité à dépasser la seule logique technologique. L’enjeu sera de construire une administration dans laquelle la technologie accompagne la réforme plutôt qu’elle ne s’y substitue, et où l’innovation contribue directement à améliorer l’efficacité de l’action publique et la qualité du service rendu au citoyen.

Pour le Maroc, le passage de la digitalisation à la transformation administrative constitue désormais l’un des principaux enjeux de la prochaine décennie.

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