IA souveraine : le Maroc commence à structurer l’infrastructure derrière ses ambitions numériques

Le Maroc poursuit la structuration de son écosystème national d’intelligence artificielle. Les textes réglementaires adoptés en juillet 2026 précisent le rôle de l’Institut JAZARI ROOT dans le développement des infrastructures numériques de l’État, notamment les centres de données, le calcul haute performance et l’intelligence artificielle souveraine.

Le développement de l’intelligence artificielle au Maroc entre dans une nouvelle phase. Après plusieurs initiatives consacrées à la recherche, à la formation et à l’innovation, les pouvoirs publics accordent désormais une place croissante aux infrastructures technologiques nécessaires au développement et au déploiement de solutions d’intelligence artificielle.

Au centre de cette évolution figure l’Institut JAZARI ROOT, qui constitue le noyau technologique et stratégique du réseau national des Instituts Al Jazari. Son rôle a été précisé par des textes réglementaires adoptés au mois de juillet 2026. Des arrêtés conjoints datés des 16 et 22 juillet, publiés au Bulletin officiel, définissent notamment les conventions constitutives des quatre premiers instituts du réseau. JAZARI ROOT est notamment chargé du développement des infrastructures de l’État relatives aux centres de données, au calcul haute performance et à l’intelligence artificielle souveraine.

Le lancement officiel de JAZARI ROOT avait été annoncé le 12 janvier 2026, à Rabat, à l’occasion de l’événement national « AI Made in Morocco ». Le dispositif doit contribuer à rapprocher la recherche scientifique, l’innovation technologique et les besoins des administrations et des entreprises. Le réseau Al Jazari est également appelé à s’étendre progressivement à l’échelle nationale.

Cette orientation intervient dans un contexte où les infrastructures numériques deviennent un élément déterminant du développement de l’intelligence artificielle. Les systèmes d’IA nécessitent en effet d’importantes capacités de stockage et de calcul, ainsi que des infrastructures de connectivité, d’hébergement et de cybersécurité adaptées. Lors d’une intervention au Forum du Sommet mondial sur la société de l’information, à Genève, le 7 juillet 2026, la ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, avait souligné l’importance de la connectivité, des données, des capacités de calcul, de l’énergie et des compétences pour le développement d’une intelligence artificielle inclusive.

La question des centres de données occupe ainsi une place croissante dans la stratégie numérique nationale. Le 27 juillet 2026, le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration a signé avec Vertiv un mémorandum d’entente portant notamment sur les infrastructures numériques critiques, le cloud computing et l’intelligence artificielle. Le partenariat prévoit notamment de contribuer au développement d’un centre de données souverain de 50 MW à Rabat, destiné à renforcer les capacités nationales en matière de cloud, d’hébergement de services numériques, d’intelligence artificielle et de calcul haute performance.

Le calcul haute performance constitue également une composante importante de cette stratégie. Le Maroc dispose déjà de capacités dans ce domaine, notamment à travers les infrastructures développées dans le secteur académique. Le renforcement de ces capacités doit permettre de soutenir la recherche, l’innovation et le développement de solutions d’intelligence artificielle nécessitant des ressources informatiques importantes.

La mise en place de ces infrastructures s’inscrit dans une conception plus large de la souveraineté numérique. Celle-ci vise notamment à renforcer la capacité du pays à maîtriser ses données, ses infrastructures et ses technologies stratégiques, tout en développant des partenariats avec des acteurs internationaux. Dans cette logique, le Maroc ne cherche pas nécessairement à développer seul l’ensemble des technologies nécessaires, mais à disposer de capacités nationales permettant de mieux contrôler leur hébergement, leur utilisation et leur gouvernance.

JAZARI ROOT doit également servir de plateforme de coopération entre les différents acteurs de l’écosystème. Les chercheurs, startups, entreprises technologiques et administrations pourront être associés au développement et à l’expérimentation de solutions d’intelligence artificielle. Les applications envisagées concernent notamment les services publics numériques, les villes intelligentes et la gestion des ressources.

Le développement des infrastructures devra toutefois être accompagné par celui des compétences. Le gouvernement a fixé l’objectif de former 100 000 talents du numérique par an à l’horizon 2030. Cette dimension doit permettre de disposer des profils nécessaires pour concevoir, exploiter et sécuriser les nouvelles infrastructures et les applications d’intelligence artificielle.

À travers JAZARI ROOT, les centres de données, le cloud, le calcul haute performance, les données et la formation, le Maroc cherche ainsi à construire progressivement les différentes composantes de son écosystème national d’intelligence artificielle. Cette dynamique s’inscrit dans la stratégie Maroc Digital 2030 et dans la feuille de route « AI Made in Morocco ».

La prochaine étape consistera à transformer ces infrastructures et ces capacités en applications concrètes au service de l’administration, des entreprises, de la recherche et des citoyens. Pour le Maroc, la question de l’intelligence artificielle ne se limite donc plus à l’adoption de nouveaux outils : elle concerne désormais également les infrastructures nécessaires à leur développement, leur hébergement et leur déploiement.

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