L’IA générative en entreprise au Maroc : Entre adoption massive et péril numérique

Une étude récente menée par Kaspersky, tire la sonnette d’alarme sur les pratiques liées à l’intelligence artificielle (IA) dans les entreprises marocaines. Si l’outil séduit par son efficacité, l’absence de cadre formel expose les organisations à des risques majeurs de fuites de données.

L’intelligence artificielle n’est plus une promesse lointaine pour le tissu économique marocain ; elle est déjà une réalité quotidienne, bien que souvent clandestine. Une enquête menée auprès de plus de 300 salariés marocains révèle que 57 % des employés utilisent l’IA générative, comme ChatGPT, de leur propre initiative et sans aucun cadre défini par leur employeur. Cette adoption, qualifiée de « massive et spontanée », se traduit par un usage intensif : 84 % des utilisateurs y ont recours plusieurs fois par semaine, et près de la moitié l’utilisent quotidiennement.

Un excès de confiance lourd de conséquences

Le principal moteur de cette adoption n’est pas seulement le gain de temps, mais l’amélioration de la qualité du travail pour 69 % des sondés. Cependant, cette efficacité s’accompagne d’une vulnérabilité numérique préoccupante. 91 % des employés interrogés déclarent avoir une confiance totale en l’IA générative, ce qui les pousse à partager des informations sensibles.

Les chiffres de Kaspersky sont alarmants : 42 % des utilisateurs importent des documents complets (PDF, Word, présentations) sur ces plateformes, tandis que 35 % y saisissent des données confidentielles ou des extraits d’échanges internes. Or, une fois mis en ligne, ces documents peuvent devenir consultables par tous, transformant une simple requête en une source potentielle de fuite de données et de problèmes légaux pour l’entreprise. Cette menace est d’autant plus réelle que les cyberattaques ont explosé, avec près d’un milliard d’incidents recensés en 2024 et 500 000 nouveaux fichiers malveillants détectés chaque jour.

Le défi de la formation et de la gouvernance

Le manque de préparation est flagrant : 75 % des salariés ignorent si leur entreprise dispose d’une stratégie liée à l’IA. Pour Gladys Salmouth, directrice communication chez Kaspersky, la sensibilisation est le levier essentiel, car la cybersécurité ne doit plus être l’apanage des seuls experts IT. Elle préconise la mise en place d’une gouvernance claire et de règles d’utilisation adaptées, même en l’absence d’outils internes sécurisés. Les PME, souvent démunies de ressources internes, sont particulièrement encouragées à se tourner vers des partenaires spécialisés pour former leurs collaborateurs.

Vers un cadre national structuré

En parallèle, le CMRPI a présenté les premiers résultats d’une étude multisectorielle consacrée au développement de l’IA au Maroc, mettant en lumière les progrès réalisés ainsi que les défis à relever. L’étude souligne l’existence d’une dynamique nationale portée notamment par la stratégie « Maroc Digital 2030 », qui inscrit le pays dans les dynamiques internationales liées à l’intelligence artificielle. Des avancées sont également observées en matière d’infrastructures, avec la généralisation du haut débit, le déploiement de la fibre optique et le lancement récent de la 5G.

Des initiatives ont été identifiées dans le domaine de l’open data ainsi que dans le développement de centres de données, portées par des acteurs publics et privés. Toutefois, ces initiatives restent encore à consolider, notamment en matière d’accessibilité et de gouvernance des données.

Au-delà de la gestion interne des entreprises, le Centre marocain de recherches polytechniques et d’innovation (CMRPI) appelle à une réponse nationale. Son président, Youssef Bentaleb, souligne la nécessité d’instaurer un cadre juridique spécifique à l’IA et de revoir le Code du travail pour anticiper les impacts sur les salariés.

L’étude du CMRPI recommande également des investissements massifs dans les infrastructures, notamment les data centers et les centres de calcul, ainsi qu’un redoublement du budget alloué à la recherche scientifique et au développement. Pour que le Maroc renforce sa compétitivité internationale, il devient impératif de préparer le citoyen à ce changement sociétal majeur tout en sécurisant l’écosystème numérique national.

Source : https://www.lavieeco.com/

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