Transformation numérique : l’État accélère l’évaluation de la maturité digitale des administrations

La transformation numérique de l’administration marocaine franchit une nouvelle étape. Le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration prépare en effet le lancement d’un référentiel national destiné à mesurer la maturité digitale des administrations publiques. Cette initiative s’inscrit dans la dynamique de modernisation de l’action publique portée par la stratégie Maroc Numérique 2030 et vise à renforcer l’efficacité, la transparence et la qualité des services rendus aux citoyens.

Présenté par la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, lors d’une réunion de la Commission de la justice, de la législation, des droits de l’Homme et des libertés à la Chambre des représentants, ce nouvel outil permettra aux administrations d’évaluer régulièrement leur niveau de performance numérique à travers une plateforme dédiée.

L’objectif affiché est multiple : encourager l’auto-évaluation, identifier les écarts de performance entre les différentes structures publiques, orienter les actions d’accompagnement et harmoniser les méthodes d’évaluation avec les standards internationaux. À travers cette démarche, l’État entend instaurer une véritable culture de la performance numérique au sein de l’administration publique.

Une gouvernance des données au cœur de la modernisation administrative

Parallèlement à ce référentiel, le ministère a lancé une seconde évaluation portant sur le niveau de maturité des registres de données administratives. Cette initiative vise à améliorer l’interopérabilité entre les administrations, faciliter les échanges d’informations et renforcer la qualité de la gouvernance des données publiques.

L’enjeu est stratégique. Une meilleure circulation de l’information entre les institutions permet non seulement de simplifier les démarches administratives, mais également d’accroître la fiabilité des données, de réduire les redondances et de renforcer la sécurité des systèmes d’information publics.

Cette orientation traduit une évolution importante de la transformation numérique marocaine : au-delà de la simple dématérialisation des procédures, l’ambition est désormais de construire un écosystème numérique intégré reposant sur une gestion cohérente, sécurisée et partagée de l’information publique.

Des plateformes nationales en constante évolution

Le ministère poursuit également le renforcement des plateformes numériques nationales qui constituent aujourd’hui les principaux points d’accès aux services publics dématérialisés.

Parmi les dispositifs mis en avant figurent notamment la plateforme « Idarati », le référentiel national des services publics numériques ainsi que la plateforme « Mon identité numérique », appelée à jouer un rôle central dans les futures interactions entre les citoyens et l’administration.

Le référentiel national des services publics numériques recense désormais plus de 600 services accessibles en ligne, dont près d’une centaine destinés directement aux administrations publiques. Cette évolution témoigne de la volonté de généraliser progressivement l’accès numérique aux prestations administratives et de favoriser une administration davantage orientée vers les besoins des usagers.

L’emploi public gagne en efficacité grâce à la dématérialisation

Les résultats enregistrés par la nouvelle version du portail de l’emploi public illustrent également les avancées réalisées en matière de digitalisation.

Entre 2019 et 2025, plus de 833.000 candidatures ont été déposées en ligne à travers la plateforme. Cette dernière a accompagné 115 administrations publiques et permis la dématérialisation des procédures de candidature pour 1.348 concours de recrutement.

Ces chiffres traduisent une adoption croissante des services numériques par les citoyens et confirment l’impact de la dématérialisation sur la simplification des démarches administratives et la réduction des contraintes liées aux procédures traditionnelles.

Le « parcours usager » au service de la simplification administrative

Au-delà de la numérisation des services, le ministère met en œuvre une approche centrée sur l’expérience utilisateur à travers la méthodologie du « parcours usager ».

Cette démarche consiste à analyser chaque procédure administrative du point de vue du citoyen afin d’identifier les étapes inutiles, les documents redondants et les déplacements pouvant être supprimés. L’objectif est de simplifier concrètement les démarches, réduire les délais de traitement et diminuer les coûts supportés par les usagers.

Les premiers résultats sont significatifs. Selon le ministère, les projets pilotes réalisés ont permis de réduire en moyenne de 45 % le nombre de documents exigés pour certaines démarches administratives.

L’exemple de l’inscription à l’examen du baccalauréat libre illustre cette dynamique. Grâce à la simplification du processus, cinq documents et six démarches administratives ont été supprimés, permettant de ramener la durée de la procédure de deux jours à moins de vingt minutes.

Maroc Numérique 2030 : des objectifs ambitieux

Cette dynamique s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale Maroc Numérique 2030, qui fixe plusieurs objectifs structurants pour les années à venir.

Le programme prévoit notamment la simplification de 40 % des procédures administratives, une réduction de 50 % des délais de traitement, l’accélération de la dématérialisation des services publics ainsi qu’un taux de satisfaction des usagers atteignant 80 %.

Pour accompagner cette transformation, un guide méthodologique de simplification a été élaboré afin d’harmoniser les pratiques et de généraliser les démarches de modernisation à l’ensemble des administrations publiques.

Vers un cadre juridique renforcé pour l’administration numérique

La transformation numérique ne se limite pas aux infrastructures et aux services. Elle s’accompagne également d’un important chantier réglementaire destiné à encadrer les nouveaux usages numériques.

Le ministère travaille actuellement sur plusieurs textes législatifs et réglementaires, dont un projet de décret visant à généraliser l’identité nationale numérique et à définir les modalités d’identification des citoyens sur les plateformes administratives.

Un autre projet concerne l’ouverture des données publiques. Ce texte devra préciser les règles relatives à la collecte, à l’organisation, à la diffusion et à la gouvernance des données ouvertes, dans une logique de transparence et de valorisation de l’information publique.

La transformation numérique comme levier de confiance publique

Ces annonces interviennent dans le prolongement des recommandations formulées par le Médiateur du Royaume dans son rapport annuel 2024. Celui-ci appelle à accélérer la numérisation des services publics afin de limiter les contacts directs entre usagers et administrations, de renforcer la transparence administrative et de réduire les risques de corruption.

Le rapport insiste également sur la nécessité d’améliorer les délais de traitement des dossiers, de renforcer la qualité des services publics et de garantir un accès équitable aux prestations administratives, notamment pour les populations les plus vulnérables.

Source : Ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration – Déclarations d’Amal El Fallah Seghrouchni devant la Commission de la justice, de la législation, des droits de l’Homme et des libertés de la Chambre des représentants (10 juin 2026), relayées par MAP et La Vie Éco.

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