Pour le spécialiste de l’intelligence artificielle Haytam Tazi, le Maroc doit désormais dépasser la simple adoption des technologies pour construire les compétences et les capacités nécessaires à leur maîtrise et à leur création.
L’intelligence artificielle s’impose comme l’un des grands leviers de transformation de l’économie mondiale. Pour Haytam Tazi, spécialiste de l’IA et professeur à la Faculté des sciences et techniques de l’Université Hassan 1er de Settat, le Maroc dispose aujourd’hui d’une opportunité majeure pour inscrire cette technologie au cœur de sa transformation numérique.
Dans sa lecture de Maroc Digital 2030, il défend une idée forte : l’intelligence artificielle doit être considérée avant tout comme un amplificateur d’impact. Elle ne doit pas nécessairement remplacer l’humain, mais lui permettre d’augmenter ses capacités, d’améliorer sa productivité et de se concentrer davantage sur les tâches à forte valeur ajoutée.
Passer de l’utilisation à la maîtrise
Pour Haytam Tazi, l’enjeu ne consiste plus uniquement à utiliser des solutions développées ailleurs. Le Maroc doit progressivement développer ses propres compétences, ses capacités de recherche et ses solutions adaptées à ses besoins.
Cette évolution concerne l’ensemble de l’économie. Santé, éducation, agriculture, industrie, finance ou administration peuvent bénéficier des applications de l’IA, à condition de disposer des données, des infrastructures et surtout des compétences nécessaires.
C’est précisément sur ce dernier point que l’expert insiste : la transformation par l’IA sera d’abord une transformation des compétences. L’enjeu est donc de former non seulement des spécialistes de l’intelligence artificielle, mais également des professionnels capables d’intégrer ces technologies dans leurs métiers.
Une transformation qui doit rester humaine
La réflexion de Haytam Tazi invite également à dépasser les discours fondés uniquement sur la crainte de la disparition des emplois.
L’IA modifiera certaines tâches et certains métiers, mais elle peut également en faire émerger de nouveaux. La question essentielle devient alors celle de l’accompagnement de cette transition par la formation, la reconversion et l’évolution des compétences.
Dans cette perspective, l’humain reste au centre. La technologie constitue un outil permettant d’amplifier ses capacités plutôt qu’une finalité en soi.
La confiance comme condition de réussite
Pour que cette transformation soit durable, Haytam Tazi souligne également l’importance de la gouvernance de l’IA : protection des données, sécurité, responsabilité et confiance.
Le Maroc doit ainsi trouver un équilibre entre encadrement et innovation, afin de protéger les citoyens tout en permettant aux chercheurs, aux entreprises et aux startups de développer de nouvelles solutions.
Au fond, la réflexion de Haytam Tazi ramène le débat à une question essentielle : le Maroc veut-il seulement être consommateur de technologies d’intelligence artificielle ou devenir également producteur de solutions et de valeur ?
Avec Maroc Digital 2030, le Royaume dispose d’un cadre pour avancer dans cette direction. Pour Haytam Tazi, le véritable enjeu sera désormais de transformer l’ambition numérique en capacités concrètes, en compétences et en impact.
L’IA ne serait alors pas simplement une nouvelle technologie adoptée par le Maroc, mais un véritable accélérateur de sa transformation.