Casablanca — Le développement numérique s’impose progressivement comme l’un des principaux leviers de transformation économique du Maroc. Cette dynamique était au cœur des échanges du Casablanca Business Forum, organisé le 2 octobre 2026 autour du thème « Le prochain chapitre économique de l’Afrique », auquel a participé Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée auprès du Chef du Gouvernement chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration.
Réunissant responsables publics, entreprises, investisseurs et experts, le forum a placé les transformations économiques et technologiques au centre de la réflexion sur les perspectives de croissance du continent africain. Pour le Maroc, cette transformation pose une question stratégique : comment convertir les avancées technologiques en capacités productives, en emplois qualifiés et en nouvelles opportunités de croissance ?
L’intelligence artificielle, un enjeu de compétences autant que de technologie
Intervenant lors du panel consacré à la « Transformation mondiale : quels leviers pour la souveraineté et la croissance de l’Afrique ? », la ministre a insisté sur un point essentiel : le développement de l’intelligence artificielle ne peut reposer uniquement sur l’acquisition de technologies. Il suppose également de disposer de compétences, de formations et d’outils capables de répondre aux besoins concrets des entreprises et des administrations.
Cette approche place le capital humain au cœur de la stratégie numérique. La convergence entre jeunes, universités, startups et PME apparaît ainsi comme un facteur déterminant pour faire émerger des solutions adaptées aux réalités économiques marocaines.
Dans cette perspective, le réseau des instituts JAZARI est appelé à jouer un rôle important dans le rapprochement entre formation, recherche et innovation. La diversification des parcours de formation, notamment à travers les écoles de codage et les formations pratiques, doit permettre de mieux répondre à l’évolution rapide des métiers du numérique.
L’offshoring face à une nouvelle génération de services numériques
Le développement des compétences numériques constitue également un enjeu pour l’évolution de l’offshoring marocain. Secteur important en matière d’emploi et de développement des services numériques, l’offshoring entre aujourd’hui dans une nouvelle phase, portée notamment par l’intelligence artificielle et le cloud.
Cette évolution pourrait progressivement modifier la nature des activités réalisées au Maroc. Au-delà des prestations traditionnelles, l’enjeu consiste désormais à développer des services à plus forte valeur ajoutée, nécessitant davantage d’expertise technologique, de capacités d’innovation et de compétences spécialisées.
L’IA et le cloud apparaissent ainsi comme deux technologies susceptibles de redessiner le positionnement du Maroc dans les chaînes de valeur numériques internationales. Leur développement nécessite cependant un investissement continu dans la formation et la montée en compétences.
Innovation et régulation : trouver le bon équilibre
Autre dimension mise en avant lors du forum : la confiance. Dans une économie de plus en plus numérique, l’attractivité d’un pays ne dépend plus seulement de ses infrastructures ou de la disponibilité de ses talents. Elle repose également sur la capacité du cadre réglementaire à garantir un environnement prévisible et sécurisé pour les entreprises et les citoyens.
La protection des données personnelles, le respect de la vie privée, la transparence et la responsabilité constituent ainsi des éléments essentiels pour renforcer la confiance dans l’écosystème numérique marocain.
Cette articulation entre innovation et régulation devient particulièrement importante avec la généralisation de l’intelligence artificielle. Le défi consiste à favoriser l’expérimentation et le développement de nouvelles solutions tout en garantissant la protection des droits et la sécurité des utilisateurs.
Vers un modèle numérique fondé sur le capital humain
Les échanges du Casablanca Business Forum mettent ainsi en évidence une évolution importante dans la manière d’appréhender la transformation numérique du Maroc. La question n’est plus uniquement celle de la digitalisation des entreprises ou de l’administration. Elle concerne désormais la capacité du pays à construire un écosystème numérique complet, réunissant infrastructures, compétences, recherche, startups, entreprises et cadre réglementaire.
Dans cette perspective, la stratégie marocaine repose de plus en plus sur la création de passerelles entre ces différents acteurs. Les universités doivent contribuer à la recherche et à la formation, les startups à l’innovation, les PME à l’adoption des technologies et les grandes entreprises à leur industrialisation. L’administration, pour sa part, constitue à la fois un acteur de la transformation numérique et un utilisateur majeur des nouvelles technologies.
Le véritable enjeu du prochain chapitre numérique marocain sera donc moins d’adopter les technologies que de transformer ces technologies en capacités nationales durables.
À travers l’intelligence artificielle, le cloud, la formation et l’innovation, le Maroc cherche ainsi à consolider les fondations d’une économie numérique davantage créatrice de valeur. Une ambition qui suppose de maintenir un équilibre entre trois exigences désormais indissociables : innover, développer les compétences et instaurer la confiance.
Source : Ministère de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration — Casablanca Business Forum, 2 octobre 2026.