Le Maroc entend faire de l’intelligence artificielle et de la transformation numérique des leviers structurants de la réforme de l’État social, de la modernisation des services publics et du renforcement de la compétitivité économique. À travers le programme « IA Maroc » et la feuille de route « Maroc Digital 2030 », le gouvernement ambitionne de conjuguer innovation technologique, souveraineté numérique et réduction des inégalités territoriales.
Au cœur de cette orientation figure une volonté de dépasser la simple numérisation des procédures pour faire des nouvelles technologies des instruments d’amélioration concrète des politiques publiques. Selon les éléments rapportés par le quotidien L’Économiste, l’intelligence artificielle est appelée à jouer un rôle croissant dans des secteurs prioritaires, notamment l’éducation, la santé et l’administration publique.
Dans le domaine éducatif, l’exploitation des données et des capacités d’analyse de l’IA pourrait contribuer à identifier plus précocement les élèves exposés au risque d’échec ou de décrochage scolaire. L’objectif est de permettre aux pouvoirs publics de mieux cibler les dispositifs d’accompagnement et de développer des réponses adaptées aux besoins des élèves. Dans le secteur de la santé, la transformation numérique vise notamment à améliorer l’organisation des établissements hospitaliers, à optimiser la gestion des ressources et à renforcer la qualité des prestations offertes aux citoyens.
Cette ambition s’accompagne d’un enjeu stratégique majeur : la souveraineté numérique. Le développement d’infrastructures nationales de cloud computing souverain figure parmi les orientations évoquées afin de renforcer la maîtrise de l’hébergement et de la protection des données sensibles. Pour le Royaume, la question ne se limite plus à l’accès aux technologies, mais concerne également la capacité à contrôler les infrastructures, les données et les conditions de leur exploitation, dans un environnement international marqué par une concurrence accrue autour des ressources numériques.
La proximité avec les citoyens constitue un autre axe de cette transformation. Dans le cadre de « Maroc Digital 2030 », l’ouverture annoncée de 500 espaces numériques citoyens dans les communes doit faciliter l’accès aux démarches administratives dématérialisées. Ces structures sont destinées à accompagner les personnes rencontrant des difficultés dans l’utilisation des outils numériques. Cette approche vise à éviter que la dématérialisation ne devienne un facteur supplémentaire d’exclusion et à inscrire l’accès aux services publics dans une logique d’équité.
L’efficacité de cette politique dépendra également de la généralisation des infrastructures de connectivité. Les objectifs mentionnés comprennent le raccordement de 80 % des logements à la fibre optique, l’extension de la couverture 4G et le recours aux connexions satellitaires pour améliorer la desserte des zones éloignées. Le déploiement de la 5G et la formation de 100 000 jeunes diplômés par an figurent également parmi les chantiers évoqués pour soutenir le développement des compétences et répondre aux besoins croissants de l’économie numérique.
Au-delà des services publics, cette dynamique concerne la gouvernance économique et la modernisation de secteurs stratégiques. Dans les télécommunications, le partage des infrastructures et la transparence dans l’attribution des fréquences sont présentés comme des moyens de réduire les coûts, de stimuler la concurrence et d’améliorer l’efficacité du marché. Dans les transports et les entreprises publiques, les réformes envisagées portent notamment sur la révision de certains accords transfrontaliers, la remise en question de situations monopolistiques et la rationalisation des structures, avec pour objectif de renforcer l’efficience économique.
L’ensemble de ces orientations dessine une transformation qui dépasse le seul cadre technologique. L’enjeu consiste à articuler les capacités offertes par l’intelligence artificielle, la modernisation administrative et les réformes économiques avec les objectifs de développement humain et de cohésion territoriale. La réussite de cette ambition dépendra toutefois de plusieurs conditions : la qualité des infrastructures, la disponibilité des compétences, la gouvernance des données, la protection des droits des citoyens et la capacité des institutions à intégrer durablement ces outils dans leurs pratiques.
À l’horizon 2030, le défi du Maroc sera ainsi de transformer les investissements numériques en résultats mesurables pour les citoyens et les entreprises. L’intelligence artificielle ne pourra pleinement contribuer à la refonte de l’État social que si son déploiement s’accompagne d’une réforme des organisations, d’un renforcement des compétences et d’une évaluation rigoureuse de ses effets sur l’efficacité des politiques publiques et l’équité d’accès aux services.
Source : Le360