PLF 2027 : le Maroc accélère sa stratégie de souveraineté numérique
Cloud souverain, infrastructures de calcul, intelligence artificielle en darija et en amazighe, connectivité 5G et développement des compétences : le projet de loi de finances 2027 inscrit la souveraineté numérique parmi les priorités de la transformation digitale du Royaume. Articulée autour de la stratégie Maroc Digital 2030, cette feuille de route vise à renforcer les infrastructures nationales, à développer une industrie numérique compétitive et à consolider la position du Maroc dans les chaînes de valeur mondiales du numérique.
La souveraineté numérique s’affirme comme un axe structurant de la politique de transformation digitale du Maroc. Dans sa note de présentation du projet de loi de finances (PLF) 2027, le gouvernement détaille les acquis enregistrés et les chantiers programmés pour renforcer les capacités technologiques nationales, attirer les investissements et développer les compétences nécessaires à l’économie numérique.
Cette orientation repose sur plusieurs leviers complémentaires : le développement de l’offshoring, le renforcement des infrastructures et de la connectivité, l’attraction des grands acteurs du cloud, le soutien aux startups, le déploiement de la feuille de route « AI Made in Morocco 2030 » et le développement des talents, notamment à travers le réseau JAZARI.
L’offshoring, un moteur de croissance et d’emploi
Le secteur de l’offshoring constitue l’un des principaux indicateurs de la progression de l’économie numérique marocaine. Selon la note de présentation du PLF 2027, son chiffre d’affaires à l’export a atteint 27,08 milliards de dirhams en 2025, contre 15,78 milliards en 2022, soit une croissance annuelle moyenne de 19,75 %. Cette performance dépasse déjà l’objectif de 25 milliards de dirhams fixé pour 2026.
Sur le plan de l’emploi, le secteur comptabilisait 167.380 postes en 2025, correspondant à plus de 37.380 créations nettes depuis 2022. Le gouvernement vise désormais, à l’horizon 2030, 40 milliards de dirhams d’exportations et 270.000 emplois.
Pour atteindre ces objectifs, les actions prévues en 2027 porteront notamment sur la promotion internationale de la destination Maroc et l’attraction de nouveaux investissements dans les différentes régions du Royaume. La digitalisation intégrale des procédures d’accès aux mesures incitatives de l’offre Offshoring Maroc figure également parmi les priorités. Elle s’appuiera sur l’interopérabilité avec les systèmes d’information de la Direction générale des impôts, de la Caisse nationale de sécurité sociale et de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences, afin de simplifier les démarches et de permettre le suivi des demandes en temps réel.
Infrastructures numériques : 5G, datacenters et cloud souverain
Le renforcement des infrastructures constitue un autre pilier de cette stratégie. D’après les données présentées dans le document budgétaire, la couverture 5G atteint 38 % de la population, avec plus de 9.000 sites radio déployés et 2,63 millions d’utilisateurs. L’objectif fixé à l’horizon 2030 est de porter cette couverture à 70 % de la population.
En parallèle, le gouvernement met en avant plusieurs projets de centres de données destinés à renforcer les capacités nationales. Parmi eux figure le campus de datacenters verts d’Igoudar, à Dakhla, prévu dans le cadre d’une convention signée le 7 avril 2026 et annoncé avec une capacité de 500 mégawatts. Un protocole conclu avec Nexus Core Systems Morocco porte également sur une AI Factory souveraine intégrant un datacenter de calcul haute performance, un centre d’excellence et un pôle d’innovation.
Ces projets s’inscrivent dans un enjeu stratégique qui dépasse la seule disponibilité des infrastructures. La maîtrise de l’hébergement des données, des capacités de calcul et des environnements cloud constitue un facteur déterminant pour la sécurité des systèmes d’information, la continuité des services publics et le développement d’activités numériques à forte valeur ajoutée.
Pour 2027, le gouvernement prévoit ainsi la publication d’une circulaire instituant la politique nationale « Cloud First ». Le cloud deviendrait le choix par défaut pour les nouveaux projets numériques des administrations publiques. Cette orientation doit s’accompagner de guides, de référentiels et d’un cadre de commande publique favorisant les centres de données à haute efficacité énergétique, ainsi que de la migration progressive des systèmes d’information publics vers des infrastructures nationales sécurisées.
L’intelligence artificielle, entre souveraineté technologique et inclusion linguistique
La feuille de route « AI Made in Morocco 2030 » constitue un autre volet majeur de cette ambition. Le développement de modèles d’intelligence artificielle adaptés aux langues et aux réalités locales, notamment la darija et l’amazighe, ouvre des perspectives pour une meilleure accessibilité des services numériques et une appropriation plus large des technologies par les citoyens.
Cette orientation soulève également un enjeu de souveraineté : développer des capacités nationales de conception, d’entraînement et de déploiement de solutions d’IA, tout en tenant compte des spécificités linguistiques, culturelles et administratives du pays. Elle suppose de mobiliser les infrastructures de calcul, les données, les compétences scientifiques et les écosystèmes d’innovation.
Le réseau JAZARI et le soutien aux startups technologiques s’inscrivent dans cette logique de structuration d’un écosystème capable de transformer les orientations stratégiques en solutions concrètes. L’enjeu sera de favoriser les passerelles entre administrations, universités, centres de recherche, entreprises et jeunes pousses innovantes.
Les compétences, condition de réussite de la transformation numérique
Le développement des infrastructures et des technologies ne saurait produire pleinement ses effets sans un investissement parallèle dans le capital humain. La généralisation du programme JobInTech figure ainsi parmi les chantiers annoncés pour renforcer les compétences numériques et améliorer l’employabilité.
Pour le Maroc, la disponibilité de profils qualifiés représente un facteur déterminant, aussi bien pour accompagner la transformation des administrations que pour soutenir la croissance des entreprises technologiques et des activités d’offshoring. La montée en compétences doit également permettre de réduire les écarts d’accès aux opportunités numériques entre les territoires et les catégories de population.
De la stratégie à l’exécution
À travers le PLF 2027, le gouvernement présente une approche de la souveraineté numérique fondée sur l’articulation entre infrastructures, services cloud, intelligence artificielle, développement économique et compétences. Cette approche rejoint les ambitions de Maroc Digital 2030, qui vise à faire du numérique un levier de modernisation des services publics, de création de valeur et de compétitivité.
Le principal défi réside désormais dans la mise en œuvre. La réussite de cette feuille de route dépendra de la capacité à coordonner les investissements, à garantir l’interopérabilité des systèmes, à sécuriser les données, à développer les compétences et à assurer une gouvernance cohérente des projets numériques.
Au-delà des annonces et des objectifs chiffrés, la souveraineté numérique se mesurera donc à la capacité du Royaume à maîtriser durablement ses infrastructures critiques, à développer ses propres solutions technologiques et à réduire ses dépendances stratégiques, tout en maintenant son ouverture aux partenariats internationaux. Le PLF 2027 fixe un cap ; sa traduction opérationnelle constituera le véritable test de cette ambition.